Ali Hamani, président de l’Association des producteurs algériens de boissons (Apab) à propos de l’interdiction des exportations : “Il est urgent de publier la liste des sous-positions tarifaires des douanes”.

Cela va faire près d’un mois que les exportateurs algériens de boissons et de jus ont vu leurs marchandises bloquées au niveau des frontières terrestres et maritimes à cause d’une note de la Direction des Douanes interdisant l’exportation des produits agroalimentaires. Sollicitée par ses adhérents, l’Apab lance un appel pour la promulgation de la liste des produits interdits à l’exportation afin que chacun puisse assumer ses responsabilités. Dans cet entretien, le président de l’Apab, Ali Hamani, souligne que le Président avait explicitement souligné, à l’issue du Conseil des ministres du 13 mars dernier, que les produits interdits à l’exportation sont les produits subventionnés et plus précisément le sucre, les pâtes, l’huile, la semoule et tous les dérivés du blé. Mais dans les faits, aujourd’hui sur le terrain, cette interdiction s’applique également sur les boissons et les jus.

Reporters : Tout d’abord, pourriez-vous nous expliquer la genèse du blocage des boissons et des jus algériens à l’exportation ?


Ali Hamani :
 Tout a commencé le 7 mars dernier, certains de nos adhérents, producteurs de boissons et de jus, ont signalé à l’Apab plusieurs cas de blocage d’exportations de boissons et de jus au niveau des frontières maritimes et terrestres notamment aux frontières avec la Libye. Lorsque nous avons demandé des explications sur ces blocages, on nous envoie une note de la Direction générale des Douanes, datant du 23 février dernier, transmise à l’ensemble des directions des Douanes aux frontières pour bloquer l’exportation de tous les produits agroalimentaires. Nous avons aussi été informés que la Direction générale des Douanes a pris cette décision sur la base d’une instruction du ministère du Commerce. Par la suite, nous avons pris attache avec à la Direction du commerce extérieur du ministère, dont les services n’ont pas été informés de cette décision. Ils nous ont aussi expliqué qu’ils sont toujours en réunion afin d’élaborer la liste des sous-positions tarifaires des tarifs douaniers algériens. C’est-à-dire les numéros de douane des produits parce que chaque produit qu’il soit à l’import ou à l’export a un numéro de douane, c’est la meilleure façon d’éviter que chacun n’agisse comme bon lui semble. Ce numéro ou plus précisément cette sous-position tarifaire est applicable à tout le monde.
Et c’est au moment où on attendait des clarifications de la liste des produits concernés que la décision du Président de la République à l’issue du Conseil des ministres du 13 mars dernier est tombée précisant que la mesure touche essentiellement le sucre, les pâtes, l’huile, la semoule et tous les dérivés du blé.

Est-ce ce que cela veut dire que techniquement parlant, selon la liste annoncée par le président de la République, les boissons et les jus ne sont pas concernés par cette interdiction d’exportation ?


Sincèrement, pour le moment, rien n’est clair et c’est ce qui nous perturbe. Le blocage à l’exportation touche aujourd’hui tous les produits alimentaires, pourtant le président de la République a explicitement précisé la liste des produits alimentaires concernés.


L’administration doit savoir que le discours du Président fait force de loi et par conséquent l’administration doit prendre le discours du Président et le traduire sur le terrain par un texte, soit une note, une circulaire, un arrêté… pour sa mise en application et clarifier les choses. Car d’après le discours du Président et selon notre première lecture, les boissons et les jus ne sont pas concernés.
J’insiste sur le fait qu’il faut absolument que les administrations prennent le discours du Président et l’appliquent sur le terrain avec un texte qui détaille la liste des sous-positions tarifaires afin d’éviter ce type de blocages. Il s’agit de ne pas faire de suppositions en bloquant tout le monde en attendant de donner les détails de la liste de ces produits. Malheureusement, pour le moment, il n’y a aucune clarification sur le sujet avec des conséquences désastreuses pour les opérateurs économiques concernés.

Justement, quelles sont les conséquences d’un tel blocage ?


Malheureusement, à ce jour, les boissons et les jus sont toujours bloqués à l’exportation et les bateaux qui devaient transporter la marchandise ont repris le large les cales vides et les camions bloqués aux frontières ont dû faire demi-tour.
Le problème de fond qui se pose, aujourd’hui, est que cela a créé des problèmes entre les entreprises algériennes exportatrices et les clients étrangers qui réclament des dédommagements. D’autant plus que ces produits devaient partir en Europe et jusqu’au Iles Maurice, pour la préparation du mois de ramadhan, où ce type de boissons et de jus algériens est très demandé par la communauté algérienne installée à l’étranger. Ce qui engendre des pertes énormes pour les producteurs algériens, comme cela a été relaté par les médias avec l’exemple d’un producteur qui a près de 50 conteneurs bloqués à l’exportation.

Finalement, quel est l’appel de l’Apab face à cette situation de blocage ?


Maintenant nous attendons avec impatience que le comité mis en place puisse déterminer la liste des produits par sous-positions tarifaires du tarif douanier algérien des produits interdits à l’exportation pour éviter tout amalgame. Cela devient urgent, afin que l’ensemble des services de contrôle, des services des Douanes et les opérateurs économiques sachent quels sont les produits interdits à l’exportation. Ce qui est important, c’est que tout le monde soit au même niveau de compréhension. Une fois cette liste promulguée, cela va ainsi permettre à toutes les entreprises exportatrices de savoir ce qu’elles doivent exporter pour ne pas rester dans cette inertie, cet attentisme et cette inquiétude.

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