Accès aux soins en Algérie : le cas du comédien Hazim relance le débat.

Les appels de citoyens à la recherche d’une prise en charge médicale, en Algérie ou à l’étranger, se multiplient. L’essor des réseaux sociaux a donné une dimension plus importante à un phénomène qui a en fait toujours existé. L’hospitalisation du comédien Mohamed Hazim sur instruction du président de la République, suite à l’appel que l’acteur et son entourage ont lancé via les réseaux sociaux relance le débat sur la qualité des soins en Algérie.

Avant lui, un autre comédien, Salah Aougrout a lancé un appel via ses proches et il a été entendu. Atteint d’une maladie grave, il a été transféré sur décision du président de la République Abdelmadjid Tebboune après un appel de son entourage et une campagne médiatique d’ampleur.

Pour le comédien Hazim, il aurait fallu l’intervention du président Tebboune pour le transférer de l’hôpital d’Ain Temouchent à l’hôpital militaire d’Oran.

Ces deux comédiens étaient dans leur droit de réclamer des soins de qualité et le président de la République a bien fait de les prendre en charge.

Mais ces deux cas emblématiques remettent au-devant de la scène l’accès aux soins pour tous et leur qualité en Algérie.

Si des artistes et des personnalités connues arrivent parfois à bénéficier d’une prise en charge médicale, en Algérie ou à l’étranger, ce n’est pas le cas de tous les malades anonymes qui se débrouillent comme ils peuvent pour trouver une place dans un hôpital ou un transfert à l’étranger.

Il est vrai que des initiatives citoyennes permettent à des anonymes de bénéficier d’un transfert à l’étranger, grâce à des cagnottes, mais l’ampleur des besoins et des demandes ne permet pas de satisfaire tout le monde.

Le président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), le Dr Lyes Merabet, dresse un état des lieux peu reluisant.

« On est en train de constater à chaque fois, et de manière régulière, des appels de citoyens et même de collègues médecins pour une prise en charge médicale de leur cas ou de membres de leurs familles », remarque-t-il d’emblée. Et de livrer un témoignage personnel : « Personnellement, chaque jour je reçois au moins trois à quatre appels de familles que je connais ou pas, je laisse de côté les messages que je reçois sur mes comptes sur les réseaux sociaux avec des bilans et des photos, des échographies de gens qui demandent à accéder à des soins qui sont, parfois, basiques ».

« Accès équitable aux soins »

Le praticien affirme que tous ces appels sont « un cri d’alerte de la société aux décideurs » et qui ont cette « responsabilité morale, éthique et politique aussi, de faire en sorte que des solutions arrivent très rapidement ».

« II y a des problèmes à régler et des solutions à discuter. Il y a sûrement une meilleure manière de gérer dans la coordination, dans l’efficience et la mutualisation.

Malheureusement, on ne le fait plus. Je suis personnellement écœuré de voir ces appels à chaque fois », se désole le Dr Merabet.

« En tant que citoyen déjà, je trouve que ce n’est pas normal du tout. En tant que professionnel de la santé et en ma qualité de représentant d’une organisation syndicale des praticiens de santé publique, je le dis : cela fait mal au cœur », lâche le praticien.

Selon lui, il « est plus qu’urgent de s’organiser de manière à garantir à tous les Algériens sans exception, quel que soit leur rang social, un accès équitable -et le même- aux soins ».

Et de marteler : « Si on a des insuffisances, il faudra qu’elles le soient pour tout le monde. Si on est limité en termes de moyens il faudra que ce soit la même chose pour tout le monde. Notre vœu le plus cher est de voir ce secteur mieux s’organiser dans l’effort et dans la dépense, la prévention, mais également en dispensant des soins de qualité ».

« La prévention doit être la préoccupation majeure »

Le président du Syndicat des praticiens de santé publique appelle à « démarrer » de ce constat pour trouver des solutions aux problèmes posés. « Si on n’accepte pas de faire le constat réel de la situation, on risque encore de faire des fautes, de perdre beaucoup de temps et d’aller dans des directions qui ne sont pas les meilleures. Il faudrait poser les pieds sur terre, et s’organiser autour d’une table avec tous ceux qui peuvent contribuer à la réflexion et à orienter les efforts, la dépense », préconise-t-il.

Des « solutions urgentes » doivent être mises en place, recommande le praticien, avant de regretter une absence de concertation et un blocage en matière de dialogue. « En matière de réflexion on n’y est pas. Le SNPSP est en rupture de dialogue avec le ministère. Le dialogue est rompu », concède-t-il, amèrement.

« C’est un phénomène qui n’est pas nouveau. Il est recurrent par rapport à l’état de la santé dans notre pays. Il y a eu l’écran de fumée de la covid, il s’agit maintenant de revenir à la réalité et l’organisation de nos soins.

Cela risque de durer à cause de la rareté du personnel médical avec cette tendance à l’émigration », estime le

Dr Mohamed Bekkat Berkani qui convient qu’il y a lieu de repenser le système de santé national et d’améliorer la qualité des soins.

En attendant que des solutions soient trouvées au système de santé, il y a un levier qu’on peut actionner.

Il s’agit de la prévention, plaide le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil de l’ordre des médecins.

Une démarche à double objectif : une prise en charge prématurée des malades notamment les cancéreux et des économies nécessaires pour l’Etat. « La pandémie du covid nous a donné une leçon fondamentale, c’est que la prévention contre toutes les formes de maladies, transmissibles ou non, doit être la préoccupation majeure » dans notre pays, soutient le Dr Bekkat Berkani.

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